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#2 Ces petits riens qui changent tout : les signes de reconnaissance au travail

  • 1 juin
  • 5 min de lecture


Elle a bouclé le rapport en trois jours. Travail soigné, livré avant l'heure.
Son manager l'a reçu, l'a transmis en réunion de direction — sans un mot pour elle.
Pas de retour. Pas de merci. Pas même un mail d'une ligne.
Elle ne démissionnera pas ce soir. Mais quelque chose, silencieusement, vient de se retirer.

Ce dont nous avons tous besoin — sans exception

Éric Berne a identifié, au fondement de sa théorie, trois grandes "soifs" qui gouvernent nos comportements en relation : la soif de stimulation, la soif de structure — et la soif de reconnaissance.
Cette dernière, il l'a nommée avec un mot anglais resté dans le vocabulaire de l'Analyse transactionnelle : le stroke.
Un stroke, c'est toute forme d'attention portée à une autre personne. Un regard. Un sourire. Un "bien joué". Une critique. Un silence pesant. Même l'indifférence, dans certains cas, peut fonctionner comme un stroke — négatif, mais un stroke quand même.
Et c'est là que réside l'un des enseignements les plus dérangeants d'Eric Berne : nous préférons être reconnus négativement plutôt que de ne pas être reconnus du tout.
En entreprise, cette réalité a des conséquences profondes.

Claude Steiner et l'économie des strokes : ces règles invisibles qui appauvrissent les équipes

Claude Steiner, l'un des grands continuateurs d'Eric Berne, a poussé la réflexion plus loin. Il a observé que nous fonctionnons selon une économie des strokes — un ensemble de règles intériorisées, souvent inconscientes, qui régissent notre façon de donner et recevoir de la reconnaissance.
Ces règles, nous les avons apprises très tôt. Et elles ressemblent à ceci :
"Ne complimente pas trop, ça monte à la tête." "Ne demande pas à être reconnu, ça fait faible." "Si tu reçois un compliment, minimise-le." "Ne te félicite pas toi-même, c'est prétentieux."
En entreprise, elles se traduisent par des managers qui retiennent leurs retours positifs — de peur d'être perçus comme mous, ou de créer des attentes. Par des collaborateurs qui n'osent pas dire qu'ils ont besoin de feedback. Par des équipes entières qui tournent à vide, efficaces en apparence, vides de carburant relationnel.
Claude Steiner a eu cette formule lumineuse : nous vivons dans une disette de strokes que nous nous imposons à nous-mêmes.
La bonne nouvelle ? Cette économie peut être réinterrogée. Et c'est précisément le rôle d'un manager conscient.

Tous les strokes ne se valent pas

Avant de distribuer de la reconnaissance à tout-va, il est utile d'en comprendre la cartographie :

  • Les strokes positifs nourrissent. Ils renforcent l'estime de soi, l'engagement, la confiance. Ce sont ceux que nous cherchons tous, même quand nous faisons semblant de ne pas en avoir besoin.

  • Les strokes négatifs blessent — mais maintiennent le contact. Un manager qui ne critique que sans jamais valoriser fragilise ses équipes. Mais un manager silencieux les désintègre plus sûrement encore.

  • Les strokes conditionnels portent sur ce que l'on fait : "Ce rapport est excellent." "Tu as bien géré cette situation difficile." Ils sont utiles, motivants — et insuffisants s'ils sont les seuls.

  • Les strokes inconditionnels portent sur ce que l'on est : "Tu es quelqu'un de fiable." "J'apprécie vraiment ta façon d'aborder les problèmes." Ce sont eux qui construisent en profondeur. Et ce sont eux que les managers donnent le moins, faute d'y avoir été formés — ou autorisés.

  • Les strokes plastiques, enfin — terme utilisé dans la littérature transactionnelle pour désigner les faux compliments, les reconnaissances de façade — sont peut-être les plus insidieux. "Super travail !" lancé en passant, sans regarder la personne, sans savoir vraiment ce qu'elle a fait. Ils sonnent creux. Et les collaborateurs, eux, le sentent toujours.

Ce que cela donne, concrètement, dans une équipe

Imaginez deux managers.
Le premier gère son équipe à l'économie relationnelle. Il intervient quand ça va mal, reste silencieux quand ça va bien. Il pense — sincèrement — que "pas de nouvelles, bonnes nouvelles" est un principe de management. Ses collaborateurs travaillent. Ils ne savent pas vraiment où ils en sont. Certains partent, sans qu'il comprenne vraiment pourquoi.
Le second a pris conscience de son économie des strokes. Il ne distribue pas de compliments à la chaîne — ce serait du bruit. Mais il remarque. Il nomme. Il dit "j'ai vu ce que tu as fait, et ça compte". Il donne des retours négatifs aussi, quand c'est nécessaire — mais avec soin, sur les actes, pas sur la personne. Et il sait recevoir les retours qu'on lui adresse, sans les minimiser ni s'y noyer.
Dans son équipe, les gens savent où ils en sont. Ils osent prendre des risques. Ils restent.

Et vous, quel manager êtes-vous ?

Pas au sens du jugement — au sens de la curiosité.
Combien de strokes positifs donnez-vous par semaine, en moyenne ?
Sont-ils conditionnels, inconditionnels, les deux ?
Donnez-vous des retours négatifs avec la même précision que vos retours positifs — ou laissez-vous les problèmes s'installer dans le silence ?
Et surtout : savez-vous recevoir de la reconnaissance sans la déflexer d'un "oh ce n'était pas grand-chose" ?
Parce que la façon dont vous accueillez les strokes qu'on vous adresse dit aussi quelque chose à votre équipe. Elle leur montre ce qui est permis, ici, dans cette relation de travail.

Ce que Steiner nous invite à faire

Claude Steiner ne proposait pas de devenir des distributeurs de compliments. Il proposait quelque chose de plus exigeant : sortir de la disette volontaire.
  • Donner des strokes quand ils sont vrais.
  • Les recevoir sans les diminuer.
  • En demander quand on en a besoin — oui, même en tant que manager.
  • Se les donner à soi-même, aussi, sans attendre que quelqu'un d'autre le fasse.
Ce n'est pas de la sensiblerie. C'est de l'hygiène relationnelle.
Et dans une équipe, ça change tout — pas en un jour, mais durablement.

Pour aller plus loin — et en sourire

Claude Steiner n'était pas seulement un théoricien. C'était aussi quelqu'un qui croyait que les grandes idées méritent d'être racontées simplement.
Pour transmettre le concept des strokes à ses patients — et à leurs enfants — il a écrit un petit conte devenu culte dans le monde de l'Analyse transactionnelle : "Le Conte chaud et doux des Chaudoudoux".
L'histoire d'un village où tout le monde possède un sac rempli de Chaudoudoux — ces petites choses douces et lumineuses que l'on donne aux autres et qui les font se sentir bien. Jusqu'au jour où quelqu'un répand la rumeur que les Chaudoudoux pourraient venir à manquer… et où la peur de donner commence à assécher les relations.
C'est drôle, tendre, et remarquablement juste.
À lire seul, à lire en équipe, à lire à vos enfants — et à vous laisser traverser par ce qu'il dit de nous, sans en avoir l'air.

Ces dynamiques vous parlent ? Vous souhaitez travailler la qualité des échanges au sein de votre équipe de direction ?

Je suis Executive Coach, formatrice et superviseur de coach. "Le problème est rarement visible. C'est là que j'interviens." J'accompagne depuis plus de 15 ans des dirigeants, managers et équipes en transformation. J'interviens à Paris, La Rochelle et dans toute la France.

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